Les Cahiers de la Lomagne N°17
Qui, depuis les années 1930 - Pierre Frayssinet
est mort en 1929 et ses poèmes publiés
en 1931 - s'est à nouveau penché sur
son œuvre ? Il n'avait que 25 ans lorsqu'il
nous a quittés alors qu'un avenir prometteur
s'ouvrait devant lui, sur le plan politique, mais
sûrement littéraire. Nous avions programmé
depuis longtemps une étude approfondie sur
cette œuvre exceptionnelle reconnue comme telle
de son vivant ou tout au moins dès après
sa mort, mais nous attendions celui qui l'entreprendrait
? Il s'est présenté en la personne
de Mathieu François du Bertrand, de son vrai
nom Jimmy Rodriguez, un jeune écrivain de
vingt ans.
Né à San Salvador en 1985, il vit
à Beaumont-de-Lomagne et poursuit ses études
à Toulouse. Bien qu'il soit encore jeune,
il a senti l'appel de la Muse. Il a non seulement
écrit mais il a aussi publié. Pour
l'instant, il est l'auteur de quatre ouvrages :
des poèmes. Les rosés noires «Chansons
pour les plus
hautes tours » (2003). une élégie,
Chloé Wegmann (2004) ; un journal. Vide alentour
(Journal 2002) (2005) et Le beau Danube bleu (Journal
2003) (2005). Le troisième, Les Ombres blanches
(Journal 2004) doit paraître en 2006.
Nous laisserons le lecteur découvrir ces
diverses œuvres. Tout ce que nous en dirons,
c'est que ce jeune auteur sait écrire et
qu'il a quelque chose à dire.
Dans le présent essai biographique et de
critique littéraire, Jimmy Rodriguez aborde
un tout autre domaine. La jeunesse appelle-t-elle
la jeunesse? Pierre Frayssinet, encore tout jeune,
annonce le prodige. A peine âgé de
dix-sept ans, déjà brillant élève
en mathématiques, il écrit à
son ami Ernest Zyromski: « ...Je suis de plus
en plus poussé vers la littérature
et les arts; et, dès que j'ai laissé
mes théorèmes, j'essaye de me trouver
en eux. J'ai cette année, la joie étrange
de grands poètes, la joie des brusques découvertes
d'un génie avec la possibilité d'en
jouir et de le comprendre.»
De juillet 1925 où il écrit le poème
Diane, en novembre 1929 où il rédige
le poème intitulé L'Ode aux poètes
amis, probablement le dernier ou l'un des derniers,
en quelque sorte son testament, il aura écrit
de nombreux poèmes, trois tragédies,
deux comédies, deux courts romans, un récit
de campagne électorale (La toge virile),
un scénario de film (Mozart). Il a sa place
dans la
présente collection, non seulement parce
qu'il est Lomagnol, mais surtout parce qu'il a profondément
aimé la Lomagne. Jean Giraudoux écrivait
: «Lorsque seront publiées ses œuvres
aussi diverses que variées, il sera intéressant
d'en dégager les mérites divers. Je
ne veux insister aujourd'hui que sur la vertu qui
les recouvre toutes, son lyrisme. Le lyrisme n 'est
pas la
seule poésie du monde, il en est la seule
dignité. Quand cette dignité est,
de plus, comme ici, celle de la jeunesse, c 'est
un miracle.»
Malheureusement, seules ses œuvres poétiques
et dramatiques ont été publiées
et trois quarts de siècle plus tard, le vœu
de Giraudoux n'est pas encore exaucé. Lorsque
nous avons révélé à
Jimmy Rodriguez l'oeuvre de Pierre Frayssinet, spontanément
il s'est proposé d'en faire une étude
biographique et critique. Nous l'en remercions vivement.
Son travail est fouillé et s'il est loin
d'avoir épuisé le sujet, il a ouvert
la voie à de futures études critiques.
Les seuls jugements que nous ayons sur l'œuvre
de Frayssinet sont ceux de ses maîtres et
de ses amis, faussés en
uelque sorte par un sentiment affectif Ce n'est
pas le cas de notre jeune auteur, même si
l'analyse faite, il lui porte une grande admiration.
Merci donc à lui d'avoir entrepris un travail
aussi délicat et souhaitons qu'il ait aidé
à sa maturité littéraire.
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